Graphique d'une mouche

Cronenberg : une icône canadienne : Transcription 04

PIERS HANDLING : Pensez-vous que votre résistance à la sentimentalité vous a éloigné des grands circuits commerciaux?

DAVID CRONENBERG : Oui, je le crois.

PIERS HANDLING : Est-ce que cela vous tracasse?

DAVID CRONENBERG : Non, parce que je ne pourrai pas faire semblant. Je n’y arriverai pas. Je ne pense même pas que je serai bon. C’était intéressant quand j’ai parlé à la MGM de faire un projet sur Le cercle bleu des Matarèse (The Matarese Circle) de Robert Ludlum; j’ai rencontré Tom Cruise et Denzel Washington, et Denzel – il ne me l’a pas dit directement – mais il a demandé « Pensez-vous que Cronenberg ait ce qu’il faut pour faire un film grand public? ». Parce que c’est ce qu’il voulait faire, du genre « OK, c’est un film d’espionnage et c’est un film d’action. » Et ils lui ont répondu « Il a fait Une histoire de violence et il a fait Les promesses de l’ombre ». Mais il a dit « Ce ne sont pas des films grand public, ce sont des films d’art. » Et j’ai réalisé qu’en ce qui concernait Hollywood, il avait complètement raison. À ce moment-là je me suis dit, « Hum, peut-être qu’une scène de combat n’est pas suffisante. Ce qui est demandé ici, c’est de la sentimentalité. » Et ça, je ne veux pas le faire; franchement, je ne sais même pas si je le pourrais. Quel degré de cynisme ont les réalisateurs qui font ces films? En font-ils partie ou restent-ils extérieurs, manipulant simplement les gens? Le vivent-ils? Le ressentent-ils? Je serais… être sentimental de cette façon, c’est pour moi être faussement émotionnel, et je serais incroyablement cynique en faisant ça, parce que je sais que je serais en train de construire quelque chose en lequel je ne crois pas dans le but d’impliquer un public dans une illusion. Donc c’est un problème; et, franchement, quand je reçois des scénarios – tout scénario qui dépend de ça pour marcher, je sais que je ne suis pas la bonne personne pour lui.