Graphique d'un lézard à deux têtes d'eXistenZ

Transcription : Cosmopolis : la limousine

PETER SUSCHITZKY : On a passé tellement de temps dans la limousine qu’on se sentait enfermé même quand on en était en dehors. Et je crois que l’idée était de ne pas laisser le monde extérieur trop s’immiscer dans la vie des personnages. Je savais, en commençant ce film, que ça allait être le film le plus difficile sur lequel j’avais jamais travaillé, simplement parce que l’espace était si restrictif, ou le serait – je savais qu’il serait si restrictif que pour faire ressortir les changements, donner une atmosphère un peu différente à une scène, par rapport à la précédente, serait très difficile. Heureusement, je pouvais opérer la caméra depuis l’extérieur de la voiture, par télécommande, parce que je ne crois pas qu’il y aurait eu assez de place pour moi, la caméra et les acteurs.

MICHAEL O’FARRELL : C’était vraiment amusant. Je suis allé voir David sur le tournage. C’était pendant l’une de ces scènes d’émeute. Nous étions sur la rive du lac et c’était tout en écran vert. Il avait deux cent personnes dedans pour être les émeutiers. Et il m’a vu arriver depuis l’arrière et il a crié, « Mike! Mike, vient ici! » Et j’y suis allé, « Salut David, comment ça va? C’est super de te revoir. »

« Oui. Tu vois tout ça? Tu n'entendras rien de tout ça! » (RIRES) Et j’ai dit, « ...C’est ça. »

« Non, vraiment! » J’ai dit, « O.K. Alors... » « Tu réalises que je suis ici pour enregistrer ces gens? Pour les utiliser comme...effets sonores. » « Ouais, ouais. » « Vas-y, enregistre-les, mais on ne les utilisera jamais. »

Donc c’était très intéressant dès le début, le pousser-tirer avec moi. Il a fait allusion à la presse plusieurs fois de comment j’étais nerveux de perdre le son de la voiture. Je ne l’étais pas vraiment, mais c’était une question de où va-t-on avec ça? Parce que la voiture se dégrade au fil du temps. Il y a cette séquence où les émeutes éclatent, et donc, c’est très subliminal, mais la voiture se dégrade et ça devient plus bruyant dans cette voiture. Donc ça commence par un silence de mort, ce qui était un vrai problème, vous savez --surtout pour Orest. Puis ça commence à s’amplifier. Mais vous ne le remarquez pas. Et arrivé au moment où il est au garage et que tout part en quenouille, la voiture fait maintenant pas mal de bruit. Donc c’est très subtil, comment tout s'est mis en place. Et tout a super bien marché, je pense.

OREST SUSHKO : Oui, ça a tendance à surprendre. Aussi, quand on a passé la première bobine, et qu'on avait une certaine quantité de ville dedans, David a dit, « Est-ce que ça peut être plus silencieux? Est-ce que ça peut être plus silencieux? » Et j'ai regardé Mike et... Mike a commencé à réduire ce qu'il avait sur certains des matériaux et on réduisait encore le bruit. Ensuite David a dit, « Vous êtes O.K. avec ça? » Et j'ai dit, « J’ai sans doute besoin d'un tout petit peu plus ici pour le soutien, juste pour couvrir le dialogue. » Parce qu’à ce point, on se reposait simplement, beaucoup sur – 99 % ou 100 % – le dialogue de production et un peu de doublage audio.

Donc certainement pour le doublage audio, on avait besoin d’un peu de couverture. Oui, c’était difficile de faire le silence comme ça, mais comme dit Michael, ça marche et il y a une grande puissance en cela. Et il y a des doses mesurées du monde extérieur quand Robert ouvre la porte de la limousine et entre dans le taxi pour rencontrer sa femme, on entend la ville d’un seul coup. Et je pense que c’est l’une des choses les plus cool qu’on a rarement l’opportunité d’expérimenter avec cette sorte de dynamique. Donc encore, c’est cette montée de rien à énorme [et] ce retour à rien. C’est vraiment rafraîchissant.

MICHAEL O’FARRELL : C’est énervant. Ça vous met vraiment sur les nerfs, je pense.

OREST SUSHKO : Oui, je me rappelle quand David est entré pour écouter...la première bobine quand on l’a toute repassée. Je me rappelle qu’il a commenté sur les sons que nous avions. Nous avions mis la limousine dans une perspective intérieure de la ville. Et Mike était assis à côté de moi et je me souviens que David a fait un commentaire à la fin de la bobine. Il a dit, « Orest, c’est Proust-esque. » Signifiant que la limousine était doublée de liège, donc ergonomique. « On va... optons pour jouer très minimaliste, en termes de concept sonore et de truc à l’intérieur de la limousine. » Donc il y de la puissance dans ce silence et je suis vraiment content qu’il l’ait mené dans cette direction parce que ça nous a permis en quelque sorte d’explorer une nouvelle voie.