Graphique d'un lézard à deux têtes d'eXistenZ

Transcription : Une méthode dangereuse : travailler avec les acteurs

JEREMY THOMAS : Vous savez, les acteurs veulent travailler avec David. Et c’est un cadeau pour ses producteurs parce ce que vous pouvez avoir des acteurs qui travaillent avec lui à un tarif spécial. Ils travailleront dans l’économie du film. Donc si vous faites un film de 10 millions de dollars, vous ne pouvez pas payer l’acteur 10 millions de dollars. Vous pouvez seulement avoir la proportion adéquate de ce que l’acteur devrait avoir du film. Comme le réalisateur et le producteur – chacun reçoit la proportion adéquate. Par opposition à un film dans lequel joue Tom Cruise, où il reçoit la moitié du budget et le film doit être fait avec l’autre moitié. Donc c’est une économie très différente quand vous travaillez avec David, parce que l’argent va dans le film. Les acteurs le savent.

Donc, vous avez un acteur un peu spécial qui veut travailler avec David. Mais la plupart des acteurs veulent travailler avec lui, parce qu’ils veulent avoir cette marque à leur palmarès : « J’ai fait un film avec David Cronenberg. »

Deuxièmement, les acteurs l’adorent parce qu’il leur donne ce dont ils ont besoin et ce qu’ils veulent. Il leur donne suffisamment, et pas trop. Il les aide, mais il les laisse libres. Il les aime, mais il ne veut pas les posséder. Il est très, très, bon avec les acteurs et les acteurs le respectent vraiment. Je ne crois pas avoir jamais eu une meilleure expérience avec les acteurs que pendant Une méthode dangereuse. Je vivais dans un hôtel avec les acteurs, David vivait dans un appartement. Ils étaient totalement assouvis. Ils n’avaient pas besoin de lui le soir. Il les rassasiait. Ils étaient totalement satisfaits et assouvis avec ce qu’il leur donnait. La stimulation, le côté intellectuel de ce que leurs rôles devaient être... il avait déterminé exactement ce qu’ils devaient faire.

Et il est tellement sûr – je crois qu’il est très sûr de lui – en tant que réalisateur. En termes de ce qu’il a tourné et de ce qu’il va avoir au bout du compte dans le film quand il l’aura monté avec la musique et le son, et comment il va le faire. C’est super pour un acteur d’avoir un régisseur qui sait. Parce que souvent, ils ont quelqu’un qui ne sait rien. Donc ils adorent travailler, et ils entendent les rumeurs de couloirs de la profession du spectacle, « Vous devriez faire un film avec David Cronenberg, parce qu’il sait des choses qu’on ne sait pas. » Et les acteurs adorent travailler avec un réalisateur qui sait des choses qu'ils ne savent pas. Ça les rend meilleurs.

Les performances, je crois, dans Une méthode dangereuse, étaient toutes absolument hors pair.

VIGGO MORTENSEN : David prend clairement un risque quand il fait un casting, comme font tous les réalisateurs. Mais il suit son instinct, vous savez. D’évidence, il doit en tenir compte, même si ses films n’ont jamais été des films à gros budget. Il y a toujours eu une exigence. Quiconque travaille dans le milieu du film indépendant sait que, même pour le film le plus petit, il y a la pression de choisir au moins une ou deux personnes qui soient, à défaut d’être populaires, des acteurs connus des amateurs de cinéma juste pour assurer le financement et la possibilité que les gens iront vraiment au cinéma et verront le film. Les yeux fermés, ou peut-être en connaissant très peu de l’histoire.

D’évidence, il doit tenir compte de cela, mais toujours, que ce soit en choisissant Keira Knightly ou Michael Fassbender, ou en travaillant encore avec moi, il tient compte – il le doit, des pressions des producteurs – du genre, sont-ils... quel est leur potentiel de recettes en tant qu’acteurs? Mais, il cherche toujours à choisir les bons acteurs pour le film. Et quant au côté entente entre les gens, il le devine. Ça fait partie de l’équation, je crois, quand il fait un casting. Comment va-t-elle travailler avec lui? Comment ces deux gars vont-ils s’entendre? Il prend un risque. C’est un instinct qu’il a quand il fait un casting. Dans le cas de Michael Fassbender et moi-même, jouant Jung et Freud, ça a marché. On s’entendait bien. Michael avait une approche différente de la mienne, j’en suis sûr. Mais, il a un bon sens de l’humour. Et il travaille vraiment dur à sa façon pour être prêt, pour se révéler. Je crois que c’est ce que David attend des gens. Qu’ils se révèlent. Ce n’est pas si compliqué, vraiment, en termes de travailler avec lui, ou de ce que j’ai en particulier en commun avec David, vous savez, la collaboration acteur-réalisateur. Ça revient vraiment simplement à l'attente que nous allions tous les deux arriver bien préparés et prêts à faire attention, et à voir ce qu’on pouvait tirer de la journée de travail.

Une autre chose qui est vraiment bien à son sujet, est que, non seulement il inspire un acteur à donner le meilleur de lui-même et à être honnête et efficace en incarnant un personnage, mais aussi… travailler avec lui est un rappel sain que raconter des histoires dans les films peut, et peut-être devrait, être amusant. Chaque jour de tournage. Aussi difficile et perturbant que puisse être le script de la scène. Pourquoi pas? Ça semble la rendre beaucoup plus facile. Ce n’est jamais vraiment facile, mais ça a l’air plus facile. Il inspire confiance et un certain degré de ludisme.

Je crois, si je devais décrire en une phrase ce qu’est la méthode de travail de David, ce qu’il est en tant que réalisateur et en tant que personne, je dirais que sa façon d’aborder le travail et sa façon d’être en tant qu’homme, tournent autour du bonheur d’acquérir de la connaissance. Il ne se pousse pas simplement à faire une nouvelle sorte de film à chaque fois juste parce que, « Oh, il faut que je fasse quelque chose de différent. » Non, il veut le faire, parce qu’il a toujours voulu apprendre quelque chose d’autre. C’est une grande qualité chez une personne, généralement, mais chez un réalisateur, c’est merveilleux.