Graphique d'un lézard à deux têtes d'eXistenZ

Transcription : Les promesses de l’ombre : recherche

VIGGO MORTENSEN : Quand il a proposé qu’on fasse Promesses de l’ombre ensemble, on a échangé des tonnes de courriels. Je veux dire, beaucoup d’information. C’était – au point de sentir comme si je travaillais avec un autre acteur obsédé ou un acteur orienté vers le détail, que juste un réalisateur normal. Vous savez, avec un artiste qui est curieux, et qui était heureux de raconter l’histoire qu’il racontait. Donc, nous avons échangé, je ne sais pas, des milliers de pensées sur – dans le cas des Promesses de l’ombre –liées à la littérature russe, l’histoire, la musique, d’évidence sur le milieu du crime organisé auquel l’histoire fait référence, la politique russe – n’importe quoi, vraiment; tout était ouvert à discussion. Nous avons relu des romans russes qu’on n’avait pas lus depuis notre jeunesse, tous les deux. C’était très amusant. C’est vraiment amusant de travailler avec quelqu’un qui pense de cette façon. Vous savez, on avait encore moins besoin de disséquer les On pouvait juste commencer à travailler. Il pouvait accorder plus d’attention, au besoin, aux acteurs qui n’avaient pas travaillé avec lui avant. Donc, vous savez, c’était de mieux en mieux.

CAROL SPIER : Le restaurant de Promesses de l’ombre fut construit dans un studio. On l’a commencé et j’ai pensé, « Le fait-on moderne ou le fait-on ancien...? » Mais comme il était tenu par un vieil homme qui venait de Russie, J’ai pensé qu’il devrait avoir autant d’influence russe que possible. Donc j’ai commencé à regarder à tout ce que je pouvais trouver sur l’architecture russe. Puis j’ai pensé, « Il faut que j’aille en Russie. » Alors j’ai sauté dans un avion à la fin de semaine, incité le directeur de la production du show à venir avec moi, dépenser notre propre argent, voler jusqu’à St. Petersburg, et passer une longue fin de semaine là-bas, juste pour aller à l’Hermitage et essayer de saisir le ressenti de chaque chose. Le restaurant tout entier était basé sur des choses que j’avais vues quand j’étais en Russie et la recherche que j’avais faite sur l’architecture russe. Je voulais qu’il soit aussi traditionnel que possible. Je pense que si c’était le fils qui avait tenu le restaurant, il aurait eu un design complètement différent. Je crois que cette sensation un peu inquiétante dégagée par le restaurant tenait au fait qu’il était tout voûté. Tous les plafonds étaient en voûte, donc vous aviez cette sorte de sensation de claustrophobie. J’ai laissé des ouvertures dedans pour que Peter puisse éclairer par là, donc il y avait ces faux puits de lumière, mais c’était toujours un petit peu plus oppressant à cause des plafonds voûtés. Et les rouges foncés, et les verts foncés.

VIGGO MORTENSEN : Ce que j’ai fait a été de travailler tôt dessus, dès que j’ai su que j’allais faire ça, jouer ce personnage. J’ai suggéré à David que ce serait bien d’entendre parler russe le plus possible. J’ai étudié avec quelqu’un – juste au cas où – où je traduisais tout ce que je devais dire dans le film et j’ai appris comment tout dire. Puis j’ai travaillé avec d’autres gens qui ont dit, « Oui, bon, c’est correct, mais un type qui est de ce milieu, celui du crime organisé, utiliserait un vocabulaire différent. » Donc j’ai continué à peaufiner ça. Et lorsque je suis arrivé sur le plateau, je pouvais dire tout ce qui était nécessaire et on a ajouté quelques petites choses qui n’étaient pas prévues en russe et j’ai pensé que c’était efficace, donc vous pouviez entrer et sortir de l’anglais, l’anglais à l’accent russe dans le personnage, et parler russe, comme c’était le cas, dans une certaine mesure, du personnage d’Armin Mueller-Stahl et du personnage de Vincent Cassel. Et je pense que ça a aidé à faire du film une histoire qui avait un air authentique et qu’en tant que public, vous sentiez que vous… au sens voyeurisme, vous gagniez un aperçu d’un monde que peut-être vous connaissiez très peu. Ou si vous le connaissiez, que vous sentiez qu’il semblait relativement vrai. C’est un film, mais qu’il y avait quelque chose d’authentique à son sujet. Donc, en premier c’était la langue, et ensuite les tatous, c’était un langage important en lui-même, les tatous criminels russes – les traditionnels. Là, on a eu de l’aide d’un tas de, bon, plusieurs sources. J’ai rencontré un Russe qui était un boxeur et aussi un ancien détenu. Ça a aidé. Également il y a deux volumes, deux livres qui s’appellent l’encyclopédie du tatou criminel russe, qui ont des tas d’images, des photographies, des dessins, et beaucoup de renseignements généraux sur les origines de ces tatous particuliers, ce qu’ils signifient, ce qu’ils disent de vous. Les gens qui connaissent ce langage peuvent regarder votre corps, comme ils le font dans le film dans une certaine mesure et ils peuvent dire quelles expériences vous avez eues : dans quelles prisons vous avez été, quels crimes vous avez commis, combien de temps vous avez passé dans ces prisons – toutes sortes d’information juste en vous regardant –quelles sont vos spécialités en tant que criminel, quelles sont vos préférences en tant que personne, peut-être même sexuellement, toutes sortes de choses.C’était fascinant. J’ai pu également parler à d’autres personnes qui avaient été dans des prisons russes, juste pour m’assurer, en termes du langage des tatous, d'être capable de faire un choix final des tatous que j’allais porter Ça a également aidé en termes du tatou que vous voyez sur Vincent Cassel dans son rôle de Kirill.